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Apprécié voire vénéré dans l’Antiquité, le cochon est prohibé dans le judaïsme et l’islam, et il a longtemps été rejeté dans les sociétés chrétiennes. Pourquoi ? A l’occasion du Salon de l’agriculture, petit décryptage des symboles derrière l’animal.

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« Portrait d’un porc de prix », propriété de Squire Weston of Essex, 1810, par  Edwin Landseer (1802-73)

Dans l’Antiquité, le cochon est particulièrement apprécié. Les fermiers égyptiens, au IIIe millénaire avant notre ère, l’élèvent et le consomment abondamment. Loin d’être méprisé, il est, au contraire, digne d’être offert en sacrifice au dieu Osiris. Dans les sociétés païennes (mondes gréco-romain, germanique, scandinave, celte ou slave), le cochon sacrifié honore les dieux autant qu’il sustente les vivants.

En outre, si sa chair est synonyme de bombance, sa graisse permet la fabrication de chandelles, son cuir et ses tendons se muent en cordes d’instruments de musique, et ses soies, en brosses ou en pinceaux.

Comment les monothéismes en sont-ils arrivés à le mépriser ? A l’occasion du Salon international de l’agriculture (organisé à Paris jusqu’au 5 mars), zoom sur les raisons d’un rejet.

Assimilé au diable

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Malgré la place primordiale qu’il occupe dans l’alimentation carnée, le christianisme médiéval va peu à peu le rejeter. Que penser, en effet, d’un animal qui fouille en permanence le sol avec son groin et ne porte jamais ses yeux vers le ciel, demeure de Dieu ? Que penser d’un animal qui dévore des excréments et des cadavres d’animaux ? Le porc a tous les attributs de Satan : sa couleur noire (au Moyen Age, les cochons ne sont pas encore croisés avec la race rose venue d’Asie), sa gueule ouverte, tel le gouffre de l’enfer, et sa faible acuité visuelle ne lui permettant pas de voir Dieu, qui est lumière.

L’art médiéval conjugue tous ces attributs (saleté, gloutonnerie, luxure et colère) pour faire de l’animal l’image du vice personnifié. Il symbolise aussi l’homme qui retourne à ses péchés comme le cochon retourne à son bourbier. Dans le contexte de l’antijudaïsme de l’époque médiévale et moderne, on se sert de cet animal honni des juifs pour les désigner. Du XIIIe au XVIIe siècle, des images montrant des enfants juifs tétant une truie circulent.

Pour autant, sa consommation n’est pas interdite aux chrétiens. Il n’en va pas de même dans le judaïsme, où l’interdiction est catégorique. « Vous ne mangerez pas le porc (…). Vous le regarderez comme impur. Vous ne mangerez pas de leur chair, et vous ne toucherez pas leurs corps morts », énonce le Lévitique (11, 7-8). L’animal vivant ne doit pas être touché ni son nom prononcé.

Une trop grande proximité avec l’humain ?

VIDEO: "Interdits alimentaires : pourquoi les musulmans ne mangent-ils pas de porc ?" par Hocine BENKHEIRA
CRAL - Centre de Recherches sur les arts et le langage

On retrouve ce même tabou dans le Coran, où plusieurs versets sont consacrés à cet interdit (2, 168 ; 5, 4 ; 6, 146 ; 16, 16). Il est, en outre, défendu de consommer la viande d’un animal qui n’a pas été égorgé selon les prescriptions rituelles. Plus qu’un interdit portant sur la chair d’une espèce en particulier, il s’agit alors d’un tabou généralisé du sang.

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